La nuit
du cirque
12 13 14 Nov
2021

L'événement

© Sébastien Armengol

Une troisième Nuit du Cirque de 72h sous le signe des retrouvailles !

Pour se jouer des distances, de l’espace, de l'air et de la liberté, tellement malmenés ces derniers temps…
Pour nous retrouver, artistes et public
Pour faire circuler les spectacles, pour partager les valeurs de cet art populaire et engagé, pour nourrir nos curiosités…
La vie !

136 établissements culturels s’associent à cette 3e édition pour vous présenter 244 rendez-vous, partout en France et à l’étranger.

La Nuit du Cirque est un événement international organisé par Territoires de Cirque avec le soutien du Ministère de la Culture, en collaboration avec l’Institut Français, Circostrada et circusnext.

Le mot de Territoires de Cirque

ENTRETIEN AVEC PHILIPPE LE GAL
PRÉSIDENT DE TERRITOIRES DE CIRQUE
DIRECTEUR DU CARRÉ MAGIQUE, PÔLE NATIONAL CIRQUE EN BRETAGNE

Cette 3e Nuit du Cirque succède à une édition que la situation sanitaire a fait basculer vers le numérique. Pour Territoires de Cirque, que signifie le retour à une Nuit réelle, en présence du public?

Nous allons pouvoir réaliser ce que nous avions rêvé l’an dernier: une première Nuit du Cirque (NDC) grand format, sur 72 heures. Un choix certes curieux par rapport à l’intitulé de l’événement, mais qui se justifie par notre désir à Territoires de Cirque (TDC) d’en faire un rendez-vous le plus large possible, où chacun, à sa mesure, peut trouver sa place. En chahutant ainsi le concept initial, nous permettons aussi bien aux structures professionnelles qu’aux écoles de cirque d’y participer. Amplifier la Nuit nous permet également de créer une circulation à l’intérieur même de la manifestation, entre les différents lieux. Comme prévu l’an dernier, où 260 événements étaient programmés en France et à l’étranger. En définitive, seule une bonne centaine a pu être transformée en rendez-vous numériques. Le cirque de création est représenté dans cette longue Nuit dans toute sa diversité, dans sa capacité à évoluer sans cesse, à s’adapter à l’actualité.

Pensez-vous que cette nouvelle Nuit réelle portera la trace de la deuxième, virtuelle?

De la Nuit précédente, comme de la période de crise sanitaire dans son ensemble, restera à mon avis un lien particulier à l’image. Les différents rendez-vous numériques de 2020 –en particulier les trois soirées éditorialisées réalisées au PALC à Châlons-en-Champagne, au pôle cirque du Mans et à L’Onyx, à Saint-Herblain –ont été l’occasion pour les artistes de cirque et les opérateurs culturels de développer un rapport réflexif à l’image de spectacle. Que dit celle-ci dès lors qu’on la diffuse en direct par exemple? Peut-elle être opérationnelle tout en étant critique d’elle-même? Certains membres de Territoires de Cirque vont continuer de creuser ce rapport à l’image, d’interroger les traces qu’elle permet de conserver tant sur le fond que dans la forme. En d’autres termes, quel type d’image pour quel objectif? D’autres s’empresseront de tourner la page.

Les spectacles, ateliers ou encore les expositions au programme sont en effet organisés en différentes parties dont les intitulés –«Embrasse-moi», «Libère-moi», «Embarque-moi» et «Égare-moi» -sont à l’opposé du virtuel. Quels corps circassiens va-t-on retrouver, ou découvrir?

Des corps qui renaissent, après avoir été en grande partie privés de leurs pratiques, de leurs agrès. Tel un athlète de haut niveau, l’artiste de cirque a besoin d’un entraînement quotidien, sans quoi le doute, la fragilité prennent le dessus. Ce printemps aura été le moment de la reprise, mêlant euphorie, joie des retrouvailles avec le public, et inquiétudes. L’automne en sera la continuité. Pour que la Nuit soit belle, juste, artistes et lieux travaillent dans un dialogue plus étroit que jamais, afin de célébrer le retour à la vie dans la joie et la douceur. À l’ère des gestes barrières, le cirque, qui est par excellence l’art du lien, du collectif, dit la beauté de la rencontre. Il fête la liberté des corps.Cette fête s’exprime pendant la Nuit du Cirque à travers une très grande diversité d’esthétiques.En effet, et la Nuit du Cirque est en cela une illustration de ce qu’est Territoiresde Cirque: un regroupement d’opératrices et d’opérateurs qui accompagnent le développement du cirque de création. Tous partagent donc le même objectif: améliorer la reconnaissance et la compréhension de cet art, que nous considérons comme majeur, par lepublic, les tutelles et les théâtres. Pour atteindre ces objectifs, chaque membre de TDC a sa manière, liée aux sensibilités de ses équipes qui ont toute liberté à s’exprimer pendant la Nuit du Cirque. Celle-ci n’a donc pas à proprement parler de ligne artistique: elle a vocation à illustrer la diversité formelle du cirque de création, à suivre son évolution. C’est en quelque sorte une photographie du paysage circassien à l’instant T.

Comment pourriez-vous décrire ce paysage dont nous aurons un large aperçu pendant 72 heures?

Le cirque, par essence poétique et performatif, peut également se saisir de toutes les questions qui traversent et bousculent aujourd’hui la société. Si la Nuit du Cirque a un objectif politique, c’est bien d’affirmer cette réalité, de démontrer que le cirque de création ne se résume pas à un art du divertissement, il est bien plus que ça, un art en phase avec les réalités du monde contemporain. Il est d’autant plus important de faire entendre cela pendant la Nuit que celle-ci se tiendra à un moment où les collectivités territoriales décideront des budgets de la culture pour 2022. Leur baisse serait très dommageable pour un champ artistique qui déjà en temps plus normaux manque de moyens pour se structurer à la mesure des besoins des compagnies de plus en plus nombreuses à créer, alors que les lieux n’ont guère plus de subventions qu’auparavant. Or le cirque est un formidable outil pour initier des politiques culturelles volontaristes et ambitieuses. Il agrège, rassemble, relie. Grâce au chapiteau notamment, il peut exister là où il n’y a pas forcément de structures culturelles. On voit aussi depuis quelques années se développer de plus en plus de projets dans l’espace public et dans toutes sortes d’espaces non dédiés. Commencé en plein confinement, en mars dernier, Périple 21 du collectif de jonglage Protocole est un parfait exemple de cette capacité du cirque à s’infiltrer partout: performance itinérante de six mois à travers la France, il a permis des rencontres au moment où tout ou presque était à l’arrêt.

Peut-on dire en cela que le, ou plutôt les cirques de création, que l’on pourra découvrir pendant la Nuit du Cirque sont encore imprégnés par l’esprit de leurs origines?

Tout à fait. Lorsqu’il naît dans les années 70 sous l’impulsion de musiciens et d’artistes de rue, le cirque de création –ou cirque contemporain –est un acte clairement politique: ceux qui participent à sa naissance revendiquent leur désir de briser tous les carcans, de libérer les corps autant que la parole. C’est un art de la marge, né contre l’institution. Il s’oppose à la société de consommation, il refuse l’embourgeoisement du théâtre. La lenteur de sa structuration fait qu’il ne perd jamais cet esprit contestataire. Il est bien là dix ans plus tard lorsqu’est créée en 1985 une école nationale supérieure, le Centre National des Arts du Cirque (CNAC) de Châlons-en-Champagne. De même que onze ans après, en 1996, lorsque le premier spectacle de cirque est programmé au Festival d’Avignon: Le Cri du Caméléon, spectacle de fin d’études de la 7ème promotion du CNAC mis en scène par le chorégraphe Josef Nadj. Il faut encore attendre 2010 avant la création de 12 Pôles Nationaux Cirque (PNC), qui onze ans plus tard ne sont que 13.

Cette évolution relativement lente, malgré la jeunesse du cirque qui intéresse TDC, permet-elle la construction d’un répertoire du cirque de création?

La Nuit du Cirque le reflète-t-elle?Nombreux sont les jeunes artistes, surtout dans la période d’arrêt que nous venons de traverser, à interroger leurs pratiques à l’aune de son histoire. Ces questions du répertoire, de la mémoire, sont au cœur de la Nuit du Cirque qui se veut, en proposant la palette la plus large possible du cirque d’aujourd’hui, une invitation à la réflexion. Où en est le cirque? Que raconte-t-il? Les artistes et les membres de Territoires de Cirque se posent ces questions; nous aimerions les partager avec le plus grand nombre et susciter une pensée critique sur le cirque, qui est encore trop peu développée par rapport à d’autres disciplines comme la danse ou le théâtre. Elle aiderait tous les acteurs du cirque de création à développer leur conscience de s’inscrire dans une histoire partagée et traversée de courants divers.

La Nuit du Cirque se déploie au-delà des frontières françaises. En quoi cette ouverture à l’international est-elle importante dans l’évolution du paysage circassien que vous appelez de vos vœux?

Dès la première édition de l’événement, il était très important pour nous de nous étendre à d’autres pays, afin de permettre à nos regards de nous enrichir, de nous déplacer au contact de pratiques différentes. Car si le cirque de création est particulièrement foisonnant en France, il se développe ailleurs différemment. Question de formation mais aussi de structuration des professions artistiques. Cette année par exemple, la Suisse s’est spontanément présentée à nous. La Nuit sera donc aussi suisse et belge, nos voisins immédiats, mais elle s’étendra en lien avec CircusNext, Circostrada et l’Institut Français à bien d’autres pays. L’enjeu à terme est d’avoir une réelle ouverture sur d’autres approches culturelles circassiennes. Avec pourquoi pas des focus sur les esthétiques anglo-saxonnes, d’Europe du Nord, d’Afrique et d’ailleurs.

Nous avons bien compris l’aspiration de la NDC à la plus grande diversité possible. Toutefois, quelles grandes évolutions du cirque pourra-t-on observer lors de nos promenades dans la Nuit?

Il y aurait de nombreuses réponses possibles. Je n’en formulerai que deux qui concernent des domaines que j’ai longtemps trouvés trop peu pris en charge par le cirque: le politique et la sensualité, voire la sexualité. Or depuis quelques années, on voit apparaître des propositions qui explorent activement ces champs. Si le mode de vie des artistes de cirque est en soi politique, de par leur goût du collectif et leur refus des hiérarchies, nous voyons émerger de plus en plus de propositions très directement politiques. Celles du Cheptel Aleïkoum par exemple, et du Cirque Pardi! Et il y en a d’autres bien entendu. Je pense aussi au collectif Portés de femmes –qui n’est pas au programme de la NDC –, avec Projet.pdf, grand spectacle féminin et féministe créé au printemps 2018, qui rejoint également la deuxième évolution évoquée plus tôt. Alors qu’elle est au cœur de nombreuses disciplines du cirque, la sensualité y a longtemps été cantonnée à une fonction: détourner l’attention, souligner la prouesse. Elle commence à être traitée pour elle-même, que ce soit par des femmes comme Sandrine Juglair ou par des hommes. Et parce qu’il est aussi traversé par les questions de genre, le cirque les met de plus en plus en lumière et les aborde frontalement, parfois d’ailleurs sur le mode du manifeste.

L’affirmation de ces gestes politiques, sensuels et autres va avec une affirmation de plus en plus forte de la notion d’auteur dans le cirque.

À l’heure où quatre générations de circassiens se côtoient sur scène, travaillent à faire évoluer leurs disciplines, et où certaines grandes aventures de cirquese sont arrêtées –le Cirque Plume, Archaos dans sa vocation première, les Arts Sauts… –la question de l’auteur se pose en effet avec acuité. Cette Nuit en sera le reflet et contribuera, je l’espère, à faire avancer la réflexion sur le sujet, notamment en donnant à voir au-delà des créations du moment, quelques pièces qui font d’ores et déjà partie du répertoire. Du moins pour les artistes en question, comme Olivier Debelhoir avec Un soir chez Borisou encore Jean-Baptiste André et Julia Christ avec Pleurage et scintillement. Pour s’affirmer en tant qu’auteur ou autrice, il faut avoir pleinement conscience du passé, de l’Histoire avec un grand “H”. C’est de plus en plus le cas dans le cirque, et cela doit l’être davantage encore à l’avenir. Comme les précédentes, cette édition montrera aussi que nous n’avons pas fini d’être étonnés par la capacité d’innovation du cirque. Des explorations nouvelles, surprenantes, comme celle d’Inbal Ben Haïm avec le papier dans Plidéplacent immédiatement le regard et contribuent à “flouter” les contours de cet art. Face à la singularité de certaines formes, nous sommes parfois conduits à nous demander à partir d’où et de quand est-il possible d’affirmer qu’il y a cirque car cet art est d’une extrême porosité et sensibilité aux autres champs artistiques. Personnellement, j’aurais tendance à dire: à partir du moment où l’artiste [ou les artistes] sur scène a un lien avec le cirque, par sa formation initiale, son parcours professionnel, son affirmation du genre. Mais le sujet, comme bien d’autres, est ouvert. Rendez-vous dans notre Nuit du Cirque 2021, elle porte conseil!

Propos recueillis par Anaïs Héluin, Juin 2021

L’équipe de la nuit du cirque

Secrétaire générale de Territoires de Cirque,
direction éditoriale et coordination de la Nuit du Cirque
Delphine Poueymidanet

Assistée par
Sophie Raoult, Azimutcom

Design graphique
Pierre Tandille et Magali Brueder, Aéro Club

Site internet (design et code)
Étienne Macquet

Communication web
Annelise Guitet

Relation presse nationale
Carine Mangou
En collaboration avec
Virginie Ferrere et Guillaume Alberny

Journaliste
Anaïs Héluin


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