L'événement
Créée en 2019, La Nuit du Cirque est une grande manifestation qui célèbre le cirque, sous toutes ses facettes et dans tous les territoires, en France et à l’étranger.
C'est un moment suspendu au cœur de l’automne, fédérateur et festif, pour partager tous ensemble la vitalité et la diversité de cet art résolument populaire et exigeant en mettant en valeur l'engagement du cirque dans les combats sociétaux et environnementaux, ainsi que sa dimension interculturelle et intergénérationnelle.
Un moment de visibilité et d’effervescence collective. Un instantané d’un art en mutation et en dialogue avec le monde. Ce rendez-vous festif met en lumière les coopérations à l’œuvre entre les artistes, les espaces de production et de diffusion, les écoles et les territoires, tout en initiant de nouveaux liens avec les publics. La Nuit du Cirque incarne une voie particulière : celle d’un engagement artistique et politique patient, mouvant, construit depuis le terrain.
Événement international initié et organisé par Territoires de Cirque avec le soutien du ministère de la Culture en France, en collaboration avec l’Institut français et avec l’appui de Circostrada, la FFEC - Fédération Française des Écoles de Cirque, la FEDEC - Fédération Européenne des Écoles de Cirque professionnelles, le réseau Grand CIEL, ProCirque (Suisse), BUZZ et Forum Neuer Zirkus (Allemagne), Circuscentrum (Belgique) et l'Association tchèque de cirque contemporain (République Tchèque).
Entretien avec
Delphine Poueymidanet, secrétaire générale de Territoires de Cirque
et Gaëlle Lecareux, directrice du Théâtre ONYX, scène conventionnée de Saint-Herblain et vice-présidente de Territoires de Cirque
La progression de la Nuit du Cirque se poursuit en dépit d’une situation difficile pour le spectacle vivant, fragilisé par d’importantes coupes budgétaires. La 7ème édition de cet événement porté par l’association Territoires de Cirque (TDC) offre en effet cette année une photographie du paysage du cirque de création particulièrement riche et vivante, en France aussi bien qu’à l’international. Comment, Delphine Poueymidanet et Gaëlle Lecareux, expliquez-vous ce succès ?
Delphine Poueymidanet : En lançant les appels à participation cette année, nous n’étions pas sûrs au sein de TDC de retrouver auprès des lieux participants le même engouement que l’an dernier et les années précédentes. Le cirque, parce qu’il est moins doté que d’autres disciplines dont le rapport à l’institution est plus ancien et donc plus solide, est particulièrement touché. Pourtant on ne peut que constater la grande vitalité de notre secteur artistique. La fréquentation des spectacles est excellente, elle l’était même au lendemain du Covid alors que tous les autres champs du spectacle vivant peinaient à retrouver leur public. L’ampleur de cette 7ème Nuit du Cirque (NDC) témoigne de cette force et de l’engagement des lieux à défendre le cirque de création, ainsi, il me semble, que de leur attachement à l’organisation associative de l’événement, qui le distingue des autres événements de nature similaire (la Nuit Blanche, la fête de la musique, la Nuit des musées…) portés quant à eux par le ministère de la Culture.
Gaëlle Lecareux : Pour ma part, le fait que la NDC soit portée par TDC y est en effet pour beaucoup dans l’envie toujours intacte que j’ai d’y participer depuis sa première édition en 2019. La totale liberté qu’offre TDC aux lieux qui s’engagent dans sa Nuit de trois jours est extrêmement précieuse et réjouissante. En me plongeant dans la foisonnante programmation de cette nouvelle Nuit du Cirque, j’y vois une forme de maturité : l’équilibre entre créations, présentations d’écoles et d’amateurs m’apparaît comme assez idéal. Cet équilibre est un peu à l’image du cirque où il me semble qu’il existe une porosité bienveillante entre les pratiques amateures et professionnelles.
Avec le travail que vous menez à ONYX – Théâtre de Saint-Herblain lors de la Nuit du Cirque, Gaëlle Lecareux, vous faites partie des partenaires qui éditorialisent très fortement le rendez-vous. D’autres peuvent simplement programmer un spectacle, des ateliers, une étape de création… Pourquoi ce choix, et quelle sera la couleur de votre Nuit 2025 ?
G.L. : Pour moi, comme pour bien d’autres directeurs de lieux participants, il a d’emblée été clair que la NDC devait faire événement à ONYX. Si je programme du cirque sur l’ensemble de ma saison, la Nuit est pour moi l’occasion d’aller plus loin en la matière, d’offrir aux publics une plongée en profondeur dans ce pan passionnant du spectacle vivant. La création circassienne est encore assez largement entourée d’idées reçues, qui l’associent à un pur divertissement et à une logique du système D, que de véritables rencontres avec les artistes permettent de déconstruire. C’est là chose importante, notamment du fait de la dimension populaire – au bon sens du terme, dont il ne faut pas avoir peur – du cirque, dont nous avons bien besoin à l’heure où la démocratie est mise à mal dans nos sociétés. Après une Nuit 100 % féminine en 2023 puis une double Nuit en association avec Le Plongeoir – PNC du Mans l’année dernière, la NDC de ONYX va donner la parole aux artistes dans une forme de Nuit Debout. Situé dans la région Pays-de-la-Loire, notre théâtre municipal est au cœur de la terrible politique de coupes budgétaires infligée à la culture de même qu’à tous les services publics, et nous ne pouvions pas ne pas nous en faire l’écho. En plus des propositions artistiques – au programme sur deux jours, entre l’apéro le 15 novembre et le brunch le 16, Drache nationale et Mousse de la Cie Anoraks, Doliprane de Sandrine Juglair et Marcos Caramés-Blanco, Courbatures de Galapiat Cirque… – qui abordent chacune à leur manière la situation, on pourra se retrouver et échanger autour d’un verre ou d’un brasero. Autrement dit, la tonalité de cette Nuit sera résolument politique.
Si ONYX est l’un des premiers lieux généralistes à s’être emparé de la Nuit du Cirque avec un geste si singulier de programmation, cette nouvelle édition marque une belle progression des événements spéciaux hors réseau cirque. Lequel investit aussi toujours davantage le rendez-vous en sortant de ses habitudes de programmation.
D.P. : Il est en effet très plaisant pour l’équipe de TDC de constater ce phénomène, que l’on peut interpréter comme le signe d’une prise de conscience de plus en plus répandue des qualités du cirque de création, aussi bien en matière artistique que d’accessibilité et de partage. Si chaque lieu donne à sa Nuit une identité particulière, on observe cette année une augmentation de la pratique de la commande, ce qui donne lieu à des moments uniques. Au Carré Magique – PNC de Lannion en Bretagne par exemple, la création d’un moment artistique et convivial autour d’un petit-déjeuner sous le signe de la contorsion a été confiée à la compagnie AMA. Le Théâtre du Blavet à Inzinzac-Lochrist (56) confie à Mathieu Despoisse et à son équipe la part circassienne d’un « Roller Dance Cirque ». On peut encore citer Le Plongeoir – PNC du Mans, qui propose comme chaque année à son public de se rassembler d’une façon différente, cette fois autour du collectif La Baraka qui invite pour l’occasion ses amis du groupe de rock limougeaud Les Poors…
G.L. : Dans ces rendez-vous et dans bien d’autres qui composent cette vaste Nuit, je vois une forme de décomplexion que je trouve très joyeuse et tout à fait bienvenue. Alors que le cirque de création a pu se détourner à ses débuts de formes festives, parce qu’associées dans les imaginaires au cirque traditionnel, les initiatives que cite Delphine prouvent une évolution à cet endroit. L’exigence artistique n’y est pas pour autant mise de côté. Ces manières inédites de marier divertissement et création sont particulièrement intéressantes.
Vous parliez plus tôt des créations accueillies à ONYX, qui avec les moyens du cirque nous parlent de l’époque, de ses violences et des grandes questions qui l’animent. Ne serait-ce pas là l’une des lignes artistiques qui traversent cette Nuit puissance trois dans son ensemble ?
D.P. : Tout à fait, et parmi ces spectacles ancrés dans le présent, une veine autobiographique s’affirme avec force. Elle traduit une volonté de raconter ce que veut dire créer, ce que signifie concrètement pour un artiste de vivre dans un monde où tout est cassé, où rien ne va. Édouard Peurichard est l’une des figures présentes à la NDC qui prennent ce chemin de création. Il sera l’hôte du Prato – PNC de Lille avec deux de ses spectacles. Je pense aussi au Cirque Trottola avec Strano – à voir à La Verrerie – PNC d’Alès… Les préoccupations écologiques sont aussi au cœur de l’édition, avec par exemple au Carré Magique la recréation de la pièce emblématique de Camille Boitel, L’Immédiat, dans le sens d’une plus grande sobriété. On peut encore évoquer La Conf’ de la Cie La Sensitive. Le traitement par les artistes de ces questions reflète la grande préoccupation que suscitent celles-ci dans le secteur. Pour preuve de cet intérêt, la participation de 9 PNC sur 14 à l’établissement de bilans carbone dans une étude mandatée par le ministère de la Culture, afin de mettre en place un référentiel carbone.
G.L. : Comme en témoigne cette enquête, l’idée selon laquelle le cirque serait plus énergivore que d’autres disciplines, notamment lorsqu’il se joue en chapiteau, est encore un cliché dont il faut se débarrasser.
Cette Nuit du Cirque permet aussi une autre forme de mobilisation de TDC, en faveur de la création et de la diffusion des formes circassiennes.
D.P. : TDC a en effet initié un Fonds en 2023. Créé en soutien à la compagnie ukrainienne Inshi, le dispositif a ensuite évolué : reposant aujourd’hui sur un mécanisme original d’appel à l’expertise des membres du réseau, il défend une approche globale des projets, de la production à la diffusion. Trois des quatre lauréats de 2024 sont au programme de la NDC : Ignis du collectif Sismique, Biographies de la Cie Ea Eo et Aspirator de la Cie Happés. L’un des deux lauréats « petites formes » de 2025 y est aussi présent : In Difference de Marica Marinoni et Jef Everaert. Cette année, les 14 PNC ont aussi lancé un nouveau dispositif, « Les Grands Plateaux du Cirque », afin de soutenir la création de grandes formes qui peinent à voir le jour dans le contexte actuel, avec l’idée d’associer les réseaux des Centres Dramatiques Nationaux et des Scènes Nationales qui programment ces formes. Enfin, il est important de noter le formidable développement de la NDC à l’international. Dans plusieurs pays comme la Belgique, la Suisse, l’Allemagne, tout récemment la République Tchèque, des structures proches de TDC coordonnent des Nuits du Cirque de plus en plus amples. Le Burkina Faso est lui aussi le terrain d’un événement très riche, centré sur le cirque social. La liberté de la NDC essaime et c’est un bonheur, une fierté.
Propos recueillis par Anaïs Heluin
Secrétaire générale de Territoires de Cirque,
direction éditoriale et coordination de la Nuit du Cirque
Delphine Poueymidanet
Assistée par
Tania Reyes et Arthur Sarron
Design graphique
Magali Brueder, Aéro Club
Site internet (design + code)
Salomé Macquet
Relation presse nationale
bureau nomade
Carine Mangou et Estelle Laurentin
Traductions anglaises
Jeremy Mercer
Journaliste
Anaïs Héluin